Plus de cent ans après la
publication de son Strasbourg
historique et pittoresque,
en 1894, Adolphe Seyboth
(1848-1907) a un héritier.
Dans les pas de l’historien,
Fabien Romary, 31 ans,
a entrepris d’inventorier les
bâtiments de Strasbourg, d’en
consigner la conception et les
mutations, les événements
qui s’y rapportent et les commentaires
qu’ils inspirent.
Alors que le chroniqueur
du XIXe siècle rédigea sa
somme à la plume, son épigone
bénéficie des outils de
la modernité : il est assisté
par l’ordinateur. C’est sur internet,
en créant un site, que
Fabien Romary s’est engagé
en 2003 dans l’affaire.
Un outillage de professionnel
: il est informaticien de
formation, titulaire d’une
maîtrise du Conservatoire national
des arts et métiers et
gérant d’une agence immobilière
en ligne (PIA) basée à
Neudorf (le site n’est pas
commercial pour autant et
n’a, précise-t-il, aucune raison
de le devenir).
Originaire de Haute-Sâone,
Strasbourgeois depuis seulement
2001, Fabien Romary a
vite fait de se familiariser
avec sa ville d’adoption, son
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histoire, son urbanisation,
son espace (parmi ses livres
de chevet figure le Dictionnaire
historique des rues de
Strasbourg de Maurice Moszberger,
Théodore Rieger et
Léon Daul).
Cyberchroniqueur
Curiosité : il met à profit
tout déplacement pour examiner
les coins et les recoins
de la cité. Mobilité : il arpente
le terrain à vélo. Rapidité :
c’est plus vite que son ombre
qu’il dégaine l’appareil photo
numérique transporté en permanence
dans une poche. Au
jour le jour, Fabien Romary
complète ainsi l’acquisition
de données, enrichit un panorama
qui compte actuellement
près de 1 500 adresses.
S’il dispose des nouvelles
technologies, la tâche est
énorme, démesurée, même
pour un cyberchroniqueur.
Adolphe Seyboth, dont le travail
a porté sur le vieux Strasbourg
d’avant 1870, encore
circonscrit par les fortifications
de Vauban, n’a traité
que quelque 3 000 immeubles
présentant un intérêt
historique.
Son successeur des temps
post-modernes s’est attaqué,
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lui, à quelque 20 000 immeubles!
Ce qui est beaucoup
pour un seul homme, surtout
s’il ambitionne de réaliser
une nomenclature de l’ensemble
des bâtiments, y compris
ceux qui n’ont pas de
style ou d’histoire particulière.
L’informatique gommant
les limites matériels, Fabien
Romary vise ni plus ni moins
l’exhaustivité. « Numérisé, le
recensement n’a plus à tenir
compte de considérations
d’économie ou de place ; les
possibilités de stockage n’ont
rien à voir avec celles des
moyens traditionnels. »
La ville comme elle va
Sur le modèle de Wikipédia,
Fabien Romary a conçu
un site gratuit (il est hébergé
par sa société) et, depuis avril
2008, collaboratif : les informations
sont destinées à être
enrichies et corrigées par les
internautes.
A l’opposé d’un blog, d’un
journal personnel, le site
www.archi-strasbourg.org a
donc été conçu pour associer
le public, lequel est invité à
« ajouter des adresses et des
photos, signaler des événe- |
ments,
fournir des renseignements
complémentaires. »
Quelle fiabilité des informations
consignées par les
uns et les autres ? « Chaque intervention
suppose la précision
de la source, et à terme il
convient d’envisager la constitution
d’une équipe de modérateurs
compétents et passionnés
par la matière », dit
Fabien Romary qui se propose,
en cas de besoin, de dispenser
aux intéressés une
formation à l’outil de recensement.
En ce qui concerne la progression
du recensement, il
n’est pas aujourd’hui question
de démarche systématique,
de quadrillage planifié,
mais de saisir les opportunités,
de relever les événements
qui marquent les lieux
et le bâti.
En l’état actuel des choses,
Fabien Romary surfe sur l’actualité
et convie les internautes
à en faire de même : « Il
s’agit de partager ce qui se
voit dans la rue, les nouvelles
constructions, les rénovations,
les démolitions ». En attendant
de constituer un "Seyboth en
ligne", www.archi-strasbourg.
org est ainsi d’ores et
déjà un reflet de la ville comme
elle va.
J.-J. Blaesius
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